De jeunes blogueurs avec Bruxelles pour terrain de jeu.

Table Ronde – “Féminisme : dénominateur commun d’émancipation pour les identités multiples en Belgique?”

Affiche du Salam Festival 2018

 

“Féminisme : dénominateur commun d’émancipation pour les identités multiples en Belgique ?” sera le sujet de la table ronde à la 3ème édition du Salam Festival ce samedi 10 mars 2018 13h au Brussels Expo avec Hafida Bachir Mrabet, présidente de Vie Féminine; Irene Kaufer Briefel, penseuse féministe bruxelloise et membre active de Garance ASBL; Noura Amer, présidente de Arab Women’s Solidarity Association; et le tout animé par Brussely.

Lors de cette table ronde, nous aborderons les différents axes de combats des associations féministes influentes à Bruxelles.

Nous reviendrons sur les parcours de vie de Hafida, Irène et Noura, qui les ont poussées à épouser le combat féministe.

Quelle pensée féministe proposer afin d’avoir une inclusivité de toutes les femmes, de tous les milieux en Belgique ?

Quid des courants féministes qui excluent certaines femmes de certaines cultures et comment est-il possible dès lors d’avoir un combat féministe commun ? Est-il juste de combattre certaines traditions ?

Quel est l’état des lieux de l’adhésion idéologique aux combats féministes auprès des jeunes femmes à Bruxelles et plus généralement à Bruxelles ? Y a-t-il un intérêt grandissant de ce combat de la part du grand public actuel par rapport à celui d’hier?

Ce seront des questions parmi tant d’autres que nous aborderons lors de cette table ronde dans le cadre du Salam Festival.

Nous vous y attendons nombreux au Brussels Expo ce 10 mars à partir de 13h pour nourrir cette réflexion riche ensemble !

 

Aurore Van Opstal : « Le patriarcat n’est pas mort »

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Aurore Van Opstal

Aurore est une jeune réalisatrice, journaliste et militante féministe de 28 ans. J’ai découvert cette Carolo  sur le campus de l’Université libre de Bruxelles où elle faisait ses marques dans la militance féministe, anti-raciste et anti-coloniale. Je n’ai jamais eu l’occasion de taper la discussion avec elle lorsque j’étais étudiante, je ne l’ai même jamais croisée. Sa réputation lui a suffit. L’unif finie, la militance féministe et anti-raciste ne l’a jamais quittée. Cette interview est l’occasion d’en savoir plus sur ce qu’elle est devenue, d’échanger sur sa pensée. Et son actualité vaut le détour. On parle de violences faites aux femmes dont la prostitution, le harcèlement moral, la violence domestique et la culture du viol.

Bien le bonjour Aurore.

Bonjour Safia.

Pourquoi as-tu fait de la lutte contre la violence envers les femmes ton combat personnel ?

Contrairement à ce qu’on peut entendre, ici et là, le patriarcat n’est pas mort. La situation des femmes dans notre société est catastrophique à tous niveaux. Par exemple, l’IWEPS nous apprend qu’en Wallonie, près de 28 000 femmes déclarent avoir subi, au cours des 12 derniers mois, des violences physiques et/ou sexuelles. Plus de 25% des coups et blessures volontaires rapportés aux parquets ont lieu au sein du couple. Plus d’1 femme sur 4 qui passe par un hébergement en maison d’accueil a entre 18 et 25 ans. Le féminisme n’est pas une posture, c’est un combat politique qui répond à une réalité dramatique pour les femmes.

Notes : Pour ce qui est de Bruxelles, le Centre de Prévention des Violences Conjugales et Familiales a reçu 7.300 appels pour l’année 2016 contre 6.832 en 2015. .

Prostitution

Il n’y a pas longtemps, tu as rencontré Dodo La Saumure à un débat organisé au siège du MR. Tu as eu un échange avec lui, que s’est-il passé ?

Il m’a proposé de lire son dossier après que j’ai pris la parole dans le public pour m’étonner de la présence d’un proxénète dans la salle. Il faut rappeler que «Dodo la Saumure» a été mis en détention à la prison d’Ypres le 1er octobre 2011, il a été condamné à cinq ans de prison avec sursis, tout comme sa compagne Béatrice Legrain, par le tribunal de Tournai pour faits de tenue de maisons de débauche ou de prostitution et de proxénétisme, entre 2000 et 2009.  En juillet 2017, il a été inculpé pour traite d’êtres humains et fraudes et fut placé en détention.

Je m’étonne que les organisateurs de ce débat au MR n’aient pas relevé ou regretté la présence de cet individu à un débat sur la prostitution où les deux intervenantes (Sonia Verstappen  et Viviane Teitelbaum) s’opposent fermement au proxénétisme et aux réseaux de traites d’êtres humains.

La prostitution en Belgique est interdite mais pratiquée et tolérée. Quels sont les solutions que tu proposes ?

La situation légale est la suivante : la Belgique n’a pas légalisé la prostitution. Elle est donc légale : chacun fait ce qu’il veut. Nous sommes libres de nous prostituer … à condition de payer des impôts, bien sûr. Par contre, les communes ont le pouvoir de réglementer l’activité en ce qu’elle touche à la sécurité publique. Chaque commune a donc son propre règlement ; ce qui fait plus de 500 règlements différents pour le pays. Enfin, il y a des règles pénales qui prohibent le fait de vivre du travail d’une personne prostituée (ça vise les macs mais ça rend coupable la vieille maman d’une prostituée qui vit chez sa fille aussi) et la traite des blanches.

Je ne propose pas d’interdire la prostitution en Belgique mais de l’abolir. Les féministes abolitionnistes belges ont bien conscience qu’il est impossible d’abolir la prostitution d’un point de vue juridique : l’État, et plus précisément le pouvoir législatif, ne peut abolir qu’une institution qui est instaurée par la loi. Or, la prostitution n’est pas institutionnalisée en Belgique et ne peut donc être abolie. Par contre, si les féministes parlent d’abolition, c’est parce qu’elles souhaitent la mise en place de lois (notamment la pénalisation des clients) tendant à un changement de mentalité profond dans la société qui amènerait à abolir le système prostitutionnel. Quel changement de mentalité ? Et bien, qu’on achète pas une femme. Que le consentement sexuel ne s’achète pas.

L’abolition de la prostitution n’est-il pas une utopie ?

Comme l’indique très bien le Lobby Européen des femmes, abolir la prostitution ne veut pas dire l’éradiquer. Les viols, les meurtres et la pédocriminalité sont interdits, et pourtant existent toujours. Ce qui est important, c’est la norme sociale donnée par la loi : elle ancre, parmi les droits humains, le principe que le corps humain et la sexualité ne sont pas à vendre. Elle crée les conditions pour réaliser une société réellement égalitaire.

Et que faire alors des travailleuses du sexe qui vivent de leur métier, l’ont choisi, et le pratiquent de manière consentante ?

Ta question renvoie à la question du choix. Nous entendons aussi souvent pour justifier la prostitution le pseudo-fait suivant : « beaucoup de femmes choisissent de le faire ». D’abord, à Bruxelles, c’est faux, par exemple. 90 % des prostituées, à Bruxelles, sont étrangères et issues de réseaux de traites d’êtres humains !

Puis, la possibilité de choix est toujours liée à un contexte.« Si les femmes avaient plus de choix économiques dans cette société, elles ne choisiraient pas d’être violentées dans la prostitution » a déclaré Fiona Broadfoot, survivante anglaise de la prostitution. En effet,les femmes ont-elles réellement le choix de leur indépendance financière dans une société patriarcale admettant que le patriarcat désigne « une forme d’organisation sociale et juridique fondée sur la détention de l’autorité par les hommes » ? Non. D’ailleurs, les chiffres belges sur la question l’attestent. Ils sont consultables dans une étude de l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes intitulée « Femmes au sommet 2012 » réalisée par la Vrije Universiteit Brussel. Les chiffres amènent au constat que les femmes sont largement sous-représentées dans les postes de pouvoir en Belgique. Il est donc toujours handicapant de tenter de « faire carrière » lorsqu’on est une femme. De plus, les femmes sont souvent moins bien payées que les hommes à poste égal. 

Par ailleurs, d’une certaine manière, nous ne sommes jamais libre de nos choix ; nous sommes toujours déterminés (par notre environnement culturel, éducationnel, social, …). Simplement, nous pouvons nous créer des brèches de liberté en ayant conscience de ce déterminisme. Chose impossible dans un système prostitueur basé sur une importante aliénation des prostituées. En effet, lorsque nous analysons le discours de ces dernières, nous pouvons constater les mécanismes mis en place pour les mettre sous emprise et constater qu’elles survivent notamment à travers l’expression de ce que certaines affirment être un choix mais qui est contraint. Bref, un choix dans une situation de « non-choix » n’en est pas un. Pourtant, nous trouverons des prostituées – ce sont d’ailleurs souvent ces dernières qui sont visibilisées dans les médias – qui affirmeront, »preuves » à l’appui, que c’est « un choix ». Rappelons dès lors que la prostitution est un champ, avec ses « esclaves privilégiées » d’une part – les prostituées « de luxe » qui sont ultra-minoritaires et ultra-médiatiques. Ce sont elles qui indiquent faire le « choix »de se prostituer alors qu’elles n’ont pas autant de « clients » et surtout« pratiquent » dans des conditions autres que la majorité des prostituées. D’autre part, il existe un mécanisme de violence symbolique qui engendre le fait que certaines prostituées, face à l’angoisse de leur propre situation, agitent leurs chaînes comme s’il s’agissait de bijoux. Nous retrouverons le même mécanisme si nous étudions le discours des ouvriers de la distribution, des individus avec CDI qui, même s’ils font un travail difficile qui les broient physiquement et moralement, assurent que « c’est un bon travail ». 

Culture du viol

Qu’est ce que la culture du viol en Belgique ?

La notion de culture du viol est un concept sociologique forgé aux États-Unis, et utilisé pour qualifier le lien entre les rapports sexuels non consentis et le tissu culturel d’une société. En Belgique, ça se traduit par des mythes sur le viol. Le plus connu étant : « elle se baladait, habillée de manière sexy, seule, tard, dans les rues : elle l’a bien cherché » !

La culture du viol se base sur le blâme de la victime. On inverse la responsabilité. Au lieu de braquer les projecteurs sur les agresseurs, on les braque sur la victime. C’est le monde à l’envers !

Peut-on dire que les rappeurs comme par exemple Damso chez les Belges contribuent à cette culture du viol ?

Bien sûr, qu’il y contribue, il suffit de lire ses textes. Je cite :

« Que du sexe elle veut pas de liaison

Sombre pucelle veut ses premières lésions

Capoté, sa teuch est mal fréquentée

J’la baise quand même car j’peux pas m’contenter

D’une seule pute par jour nan c’n’est pas assez

J’dois tout niquer oh »

En gros, peu importe le consentement de la femme, il faut la « niquer ». On est en plein dans la culture du viol !

Que doit-on faire, censurer l’art qui appelle à la violence contre les femmes ? N’est-ce pas liberticide ?

Je ne suis pas pour la censure. Ce n’est pas en censurant Damso qu’on va le combattre mais en travaillant sur les mentalités à travers l’associatif, la culture, la politique. Je suis féministe et pour la liberté d’expression la plus large, ça ne va pas plaire à tout le monde mais je suis persuadée que la liberté d’expression ne devrait être limitée que lors d’incitation à la haine voire au meurtre sur un ou des individus en particulier. Malgré que ces propos soient sexistes, je ne pense pas qu’interdire Damso soit productif.

Femmes battues

Comment explique-t-on qu’en Occident et en Belgique, les hommes viennent à battre leurs femmes au 21ème siècle  ?

Selon Amnesty, en Belgique, chaque année, plus de 45 000 dossiers sont enregistrés par les parquets. Toutefois, les actes de violence conjugale sont loin d’être toujours dénoncés. Les hommes frappent car ils sont conditionnés à la violence depuis qu’ils sont enfants à travers des mythes sur l’homme macho qui domine sa femme.

Est-ce les souvent les hommes de culture étrangères qui battent plus leur femmes et ceux de conditions socio-économique faibles ?

Non, le phénomène est transversal, dépasse la question ethnique et d’origine sociale. 

Harcèlement en rue

A partir de quand peut-on parler de harcèlement et faire la différence avec la drague en rue ?

« Psst Mademoiselle ! Ho réponds salope !! », ça, c’est du harcèlement de rue. Comme l’indique l’association « Stop au harcèlement de rue », ce sont des comportements adressés aux personnes dans les espaces publics et semi-publics, visant à les interpeller verbalement ou non, leur envoyant des messages intimidants, insistants, irrespectueux, humiliants, menaçants, insultants en raison de leur sexe.

Il est de la liberté de chaque femme de différencier ce qu’elles estiment être d’une part, des insultes sexistes, des intimidations et d’autre part, de la drague courtoise.

Depuis que la loi du 22 mai 2014 est parue sanctionnant le harcèlement en rue, les choses ont-elles changées ?

Non, cette loi est un échec. Car il est difficile pour les femmes de prouver un harcèlement de rue, il faut qu’il ait un flagrant délit, c’est ce que prévoit la loi. Il faut néanmoins continuer à se battre contre ce fléau inadmissible.

Quelles sont les actions et solutions concrètes que l’on peut faire pour que notre société belge lutte au mieux contre les violences faites aux femmes ?

Il faut soutenir des politiques publiques de lutte contre les violences faîtes aux femmes, apporter un soutien médical et juridique approprié aux femmes victimes, établir une réelle égalité salariale entre les hommes et les femmes, revoir l’éducation qui encore trop genrée. Entre autres.

Merci Aurore.

Actuellement, Aurore Van Opstal prépare un film avec Janick Cardiec, journaliste et réalisatrice, sur les violences sexuelles, qui s’intitulera « Le film noir des violences sexuelles », une adaptation du livre de la docteure Muriel Salmona : « Le livre noir des violences sexuelles ».

En slam : C’est quoi une femme fatale ?

On s’est rendu à l’évenement « Be Femme Fatale » organisé à l’espace Ochola à Bruxelles, qui célèbre le féminisme et la beauté noire autour du magazine Femme Fatale qui doit aussi être une belgianpride, une fierté belge. A l’occasion de l’évenement « be femme fatale », Safia nous livre sa chronique sur ce qu’est une femme fatale pour elle.

Être une femme fatale, c’est quoi ?
Je ne parle pas de celle de Brian de Palma
Je parle de celle qui se dit fière malgré les complexes
Malgré les menaces de mise à l’index
Que la société lui impose
Celle qui ose
C’est celle qui si elle était un homme ce serait normal
Ce qu’elle fait serait vu comme banal
Mais comme c’est une femme, on ne peut pas faire ci, on ne peut faire ça
C’est celle qui défie sa tribu pour faire évoluer le débat

Je suis Manal Al-Sharif qui conduit en Arabie Saoudite
Je continue malgré qu’on m’ait maudite
Je suis aussi une jeune journaliste de 23 piges
Qu’on a viré d’une rédaction à qui on a dit que je ne ferais plus piges
Et à plus de 60 balais
S’appelle Oprah Winfrey
Je suis aussi la mère célibataire qui élève seule ses 4 gosses
Quand le père a eu l’envie de partir pour une moins grosse
Je vis ma vie en jonglant avec le taf et les copines
Et ne me dites rien de ma cuisine qui dégouline
Je suis aussi ces filles à la peau noire
Qui au lieu de profiter de leur samedi soir
Préfèrent militer sur la gloire et la beauté de la peau ébène
Qui pendant de trop longues années a suscité la haine
Je suis cette femme bouclée ou cette femme voilée
Qui ne la bouclera pas sur vos préjugés
Je suis Marilyn Monroe qu’on a prise une blonde conne
Qui en a profité d’être une icône
Pour rendre service à Ella
Ella, elle n’avait pas le droit
De se produire sur scène mais Ella, elle a
Ce je ne sais quoi
Que d’autres n’ont pas
Qui a pu devenir Ella Fitzgerald madame jazz and blues
Qui a marqué l’histoire et les jaloux diront que c’était que pour du flouze

La femme fatale défie les misogynes
Et ceux qui lui collent la réputation d’indigne
La femme fatale n’est pas obligée
D’enfreindre la moralité pour déranger
La femme fatale ne concède pas à la fatalité