De jeunes blogueurs avec Bruxelles pour terrain de jeu.

La haine anti-Français et le Dark Side des Belges (depuis le Canada)

Je suis au Canada, tranquillou pour un déplacement professionnel pour Brussely (je fais genre, j’ai juste eu la chance d’être sélectionnée à un appel à projets en tant que jeune entrepreneur par le BIJ. Mais c’est déjà ça. Je suis Belge, donc je suis humble , contrairement aux Français qui ).

Je suis avec les autres Belges avec qui nous nous sommes rendus dans le 1909, un restau branché de Montréal avec au moins 3 étages et des escalators. Le 1909 propose le plus grand écran du pays, ce qui en fait une place to be pour les fans de tout sport. Le match avait lieu à 14h, heure locale, un mardi bien ensoleillé. Il y avait carrément un videur à l’entrée pour gérer l’affluence.  C’était bondé de Frouzes et de Belches tricolores, des crieurs de « Allez les Bleus » contre ceux de « Tous ensemble ».

Quand je me suis dit que c’est mort pour entrer.

À la première mi-temps, j’étais devant le 1909, me disant que c’était mort pour entrer. Je ne sais pas comment d’ailleurs les autres de mon groupe sont passés. L’ambiance était là, je sympathise avec des Belges parce que Belges alors que je ne leur aurais jamais adressé la parole en Belgique.

Re-mort.

Les joueurs entrent sur la pelouse. La Marseillaise est chantée haut, fort et fier par les Français. Pour la Brabançonne, clairement, les Belges ne sont pas bons élèves pour le par cœur. Moi-même, j’ai failli faire le coup de Yves Leterme et fredonner la Marseillaise tellement elle nous est plus familière que la Brabançonne.

Une chouette première mi-temps avec du suspense, plein d’occas et une défense belge que je trouvais trop approximative (on s’en fout de ton analyse footballistique meuf). C’était d’autant plus chouette que je suivais le match avec deux commentateurs aux accents québécois. Par contre, l’une des voix était féminine, et ça allait plutôt bien, ce n’était pas horrible à écouter et ça restait crédible. Faudrait peut-être essayer ça chez nous, mais là n’est pas le sujet.

Ma vue en première mi-temps.

Bref, à la mi-temps, j’en ai marre de regarder par-dessus la tête d’un type à chapeau. J’essaie de convaincre le videur, mais en vain, je lui dis que j’ai des amis à l’intérieur et il me répond par un « Oui. Et ? ». Je reconnais un des miens sorti griller une cigarette, et qui peut rentrer, car il a un tampon. J’imite grossièrement le dessin au bic, et ça passe. Je me retrouve 2 étages au sous-sol : l’écran géant est à moi !

Je voyais nettement mieux qu’à l’extérieur mais bonjour les courbatures.

Une ambiance électrique, de plus en plus tendue au fil des minutes qui passent et puis, il arriva ce que l’on sait : la France marque. Le feu français jaillit. Nous, on reste cool, on garde espoir. Lorsque Mbappé a fait de son gamin pour la touche, on a juste un peu pesté.


Mais la fin du match, les Belges qui se targuaient d’être plus sympas que les Français étaient bien plus désagréables que la réputation des Français. Ce jour-là, j’ai vu un Dark Side de mes compatriotes.

Je voulais absolument sortir au plus vite, car entourée de Français à ce moment-là, c’était un véritable supplice.

Ce que les expats frenchies nous ont fait subir.

Je me balade un peu avec mon smartphone pour capter les moments d’émotions après le match. Je passe pour une vendue pour ainsi filmer notre défaite. Je croise des gens arrachés qui exultent de joie, d’autres en pleurs ou qui font la moue. Je tombe sur des supporters belges, dont une personne parmi eux qui me fait des doigts d’honneurs pensant que je suis Française. Je leur explique que je suis Belge, le gars aux majeurs tendus s’excuse et me dit que c’est la faute des Français qui sont trop présents et qui donnent l’impression de n’y avoir qu’eux, et là les langues se délient.

Un Belge avec un accent canadien se plaint que c’était la seule fois qu’ils pouvaient la faire fermer aux Français.

Une fille avec un accent qui m’était inconnu complètement pétée par autre chose que de l’alcool on dirait, me parle des taxes en Suisse et que les Français sont des connards selon elle, car ils ne paient pas en habitant en France tout en travaillant chez eux. Elle se plaint de son stage à 2000 euros (purée quelle chance, moi je me tapais un stage à 750 euros après mon master soit 5 euros de l’heure) et qu’elle fait le même travail qu’un employé français qui lui est grassement payé 6000 je crois que je commence à penser à taffer en Suisse avec le même bon plan que les Français et que c’étaient des « grosses petites merdes, petites et à la fois grosse, car compressées ».

Un groupe de supporters endiablés après le match. On ne montrera que les gentils gestes en direction des fans bleus.

Ça parle d’on va entendre parler d’eux pendant 20 ans pour cette victoire, qu’on aurait préféré perdre contre n’importe qui, mais pas les Français, qu’heureusement que ce n’était qu’un seul et bête but encaissé, qu’on a perdu dans l’honneur et qu’ils ont eu une moche victoire, etc.

En rentrant à l’hôtel wais parce que c’est compris dans la bourse,  les réseaux sociaux se sont déchainés sur le manque de fair-play des Français. Mais j’ai remarqué que quelque chose a changé par rapport aux autres coupes du monde. Ce n’était plus de la simple taquinerie anti-Français. Ne pas vouloir que la France gagne, supporter l’équipe adverse est devenu culturel chez nous. Ce n’est pas nouveau. Mais cette année, ce qui n’était que de la rivalité en franche camaraderie, a vicieusement changé vers de la haine. Est-ce qu’ils se rendent comptent qu’il y a des Français qui pouvaient être heurtés ?


Bref, dans la haine des Français et c’est bien fait pour leurs gueules, ils l’ont bien cherché avec leurs nombreux  débats de merde identitaires. Heeeeeey j’ai chopé le virus ?!,  les Belges qui ne sont pas du tout patriotes, qui s’embourbent pour des histoires identitaires à deux sous de Francophones, de Flamands ou de fils d’immigrés, se sont vus unis. On était tous unis contre un ennemi commun, certes, mais ce n’est pas cela à retenir. Il n’y a pas de quoi en être fiers. On était tous unis pour le beau parcours jusqu’en demi-finale que les diables nous avaient offert. C’était du beau, avec des Flamands, des Wallons, des noirs et des Arabes. C’est ça qui était beau. Et si on dit que les Français ont eu une victoire moche, moi je dis que notre fierté fut belle, mais entachée par ce qu’on a dit de tout un peuple qu’on n’oserait jamais dire d’un autre.

(Et on espère se venger quand même à l’Euro.)

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