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Tic-tac… Ne pas vouloir d’enfant

Tic-tac, tic-tac, quand donc se met-elle en marche cette horloge biologique qui te pousse à perpétuer ton espèce ? Cette même espèce qui s’étouffe d’elle-même en ne cessant jamais de s’engendrer. Mais ça veut dire quoi aujourd’hui « perpétuer l’espèce » ? On est plus de sept milliards d’êtres humains qui grouillent à s’en marcher dessus. Tant à se haïr qu’à s’aimer, tant à se faire la guerre qu’à se faire l’amour, et à se faire des enfants encore et toujours. Faire des enfants parce que c’est le moment, parce que c’est normal, parce qu’on s’ennuie, pour sauver son couple, pour trouver un sens à sa vie, par automatisme, par éducation, par accident, par envie. Mais quelles que soient les raisons, avoir des enfants impliquent une responsabilité, il s’agit bien d’un être vivant qu’il faudra aider à se construire. Un enfant qui te prendra tes nuits et tes journées, pour le pire et le meilleur. Et ça pourrait être la chose la plus épanouissante, comme la plus terrible. C’est avoir une vie entre les mains et cette vie pourrait être merveilleuse, comme insupportable. On est tous différents et la maternité n’est pas une chose qui va de soi. Il y a un risque qu’on ne soit pas doué pour ça. Il y a un risque pour qu’on donne tout ce qu’on a mais que ça ne suffît pas. Alors malgré tout ça, pourquoi est-ce encore une telle évidence de vouloir des enfants ? Ou plutôt pourquoi le désir de parentalité est-il plus évident que le non-désir de vouloir des enfants ?

Aujourd’hui, faire des enfants n’est plus une question de sauvegarde de l’espèce. Bien au contraire, cela conduirait plutôt à sa perte (pollution, manque d’eau, de nourriture, etc.). Pourtant malgré les problèmes actuels que pose la surpopulation, on continue à regarder de travers ceux qui ne veulent pas d’enfant. Dans notre société, on considère encore le schéma traditionnel de la famille comme étant un idéal à atteindre. Comme si la famille, au sens très classique du terme, goudronnait la stabilité de notre société. Alors quand on est une femme et qu’on déclare ouvertement ne pas vouloir d’enfant, ça sonne carrément comme une anomalie dans le bon fonctionnement sociétal. En effet, on considère encore souvent que la femme doit être mère, que c’est dans son patrimoine génétique de faire des enfants. Si un homme déclare ne pas vouloir d’enfants, on en fera très peu cas la plupart du temps. Mais si la même déclaration vient d’une femme, voilà qu’on s’offusque et qu’on essaye de la convaincre du contraire, en lui sortant l’argument de la fameuse horloge biologique qui finira bien par sonner. Alors certes, je ne nie pas que certaines hormones jouent sans doute un rôle dans le désir d’enfant, mais faut-il rappeler que nous ne sommes pas que des êtres biologiques ? Les femmes ne sont pas des êtres dénués de raison qui ne répondent qu’à leurs instincts primitifs. Une femme peut s’épanouir autrement qu’en étant mère ; vouloir faire carrière, vivre de ses passions ou tout simplement avoir du temps pour soi. Il ne s’agit pas là d’égoïsme, mais d’un désir personnel qu’on a tendance à stigmatiser parce qu’on n’arrive pas à concevoir autre chose que le schéma ancestral de la mère. Une femme n’existe pas qu’à travers le statut de la mère. C’est assez frustrant d’être réduit à son état d’être biologique, comme si nous n’avions pas de libre arbitre.

 

 

À force de se voir questionner sur leur non-désir d’enfant, les femmes en sont venues à devoir donner des justifications logiques à une question qui de base n’en réclame pas forcément. Si on ne veut pas d’enfant, c’est peut-être tout simplement parce qu’on n’en désire pas. Je ne pense pas qu’une réflexion sur cette question soit mauvaise, seulement je me demande pourquoi cette même question n’est pas posée à celles qui désirent un enfant ?

Je n’ai jamais entendu quelqu’un demander ; pourquoi veux-tu des enfants ? La question me semble pourtant tout aussi légitime. Le simple désir semble suffisant alors que le non-désir demande explication. Il me semble pourtant que donner la vie implique une responsabilité bien plus grande que de ne pas la donner. Réfléchir à la question ne me semble donc pas incongru. Il est quand même un peu paradoxal de constater que ceux qui ne désirent pas d’enfants ont d’avantage réfléchi à la question que ceux qui désirent être parents.

À l’heure actuelle, l’expression « perpétuer l’espèce » en ce qui concerne l’humain semble obsolète. Il n’est plus nécessaire de faire des enfants, c’est même presque dangereux pour la survie de la planète. Il serait peut-être temps de reconsidérer le schéma traditionnel de la famille et y impliquer une réflexion plus contemporaine. Faire automatiquement des enfants sans y réfléchir devrait sembler plus interpellant que de ne pas avoir de désir d’enfant. Bien sûr, loin de moi l’idée de stigmatiser ceux qui désirent vraiment des enfants et qui y ont réfléchi. Mais je pense qu’ils existent encore trop de personnes qui décident de faire des enfants pour les mauvaises raisons. Il y a une différence entre désirer vraiment un enfant et le faire par pur automatisme éducationnel. Si on stigmatisait moins les personnes ne voulant pas d’enfant, plus de gens pourraient réfléchir sur leur réel désir d’avoir des enfants. Il serait plus intéressant d’instaurer un climat de réflexion qui va dans les deux sens, plutôt que de pointer du doigt ceux qui débordent d’un cadre qui ne correspond de moins en moins au monde tel qu’il se transforme.

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