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Je suis asexuelle et je le vis super bien !

Je me suis souvent demandé pourquoi tant de négativité, tant de haine, tant de crainte, de la part de certaines personnes envers ce qu’ils ne connaissaient pas. Est-ce si compliqué de considérer que notre éducation, les canons de notre société, ne nous ont pas forcément brassé la totalité des existences possibles ? Est-ce si compliqué de considérer que notre propre expérience n’est pas forcément celle des autres ? Est-ce si compliqué de considérer que même si notre propre expérience est perçue comme normale, cela ne signifie pas que toute autre expérience doit être perçue comme anormale ? L’asexualité est l’un de ces monstres invisibles qu’on connait mal et dont les gens ne veulent pas entendre parler. Alors s’assumer comme tel, ce n’est pas toujours un pas facile à franchir…

Aujourd’hui, mon asexualité je la vis bien, tout simplement parce que c’est ce que je suis et qu’en m’assumant comme tel je peux enfin vivre en accord avec moi-même. Mais ça n’a pas toujours été aussi simple.

Ce que je connaissais de l’asexualité était vaguement des reportages pas du tout approfondis, montrant des couples d’asexuel.le.s complètement coincé.e.s et qui se crispaient à la moindre vision d’une simple boutique de lingerie. Je ne critique pas ces couples en particulier qui ont autant le droit d’exister que n’importe qui et qui sont sûrement très heureux comme ça. Mais le problème, c’est que c’était l’unique modèle qu’on me proposait et que je ne m’y retrouvais absolument pas. La personne asexuelle était réduite en un stéréotype qui était loin d’englober les différentes réalités de cette orientation. J’ajouterais que ce genre de reportage était plus à but moqueur qu’informatif : le spectateur avait plus envie de juger les protagonistes plutôt que d’essayer d’apprendre d’eux.

J’avais donc pour seule éducation, ce modèle de l’asexuel.le coincé.e, que le sexe dégoûte et qui ne veut même pas en entendre parler ! De mon côté, j’évoluais dans un monde où le sexe avait une grande place – que ce soit en société, à la télé, au cinéma, dans les bouquins, etc. – sans comprendre pourquoi tant d’engouement. Évidemment, j’ai lu tous ces articles sur la frustration sexuelle, sur le fait qu’avoir des relations sexuelles évitaient les dépressions, rendait plus heureux, plus détendu et j’en passe. De mon côté, j’étais très bien sans sexe ! La frustration sexuelle, je ne connais pas et j’ai passé plus de 5 ans sans aucune relation sexuelle sans que ça ne change quoi que ce soit à ma vie ! Pourtant je n’arrivais pas à me considérer comme asexuelle. Je me disais juste que je devais avoir un problème, que j’étais bizarre. Et puis, j’ai fait des recherches, parlé à des gens et les choses ont commencé à s’éclaircir pour moi. L’asexualité est comme la sexualité : variée et vécue de manière différente d’une personne à l’autre. Je ne parlerai pas des différentes asexualités qui existent (grey sexualité et demi-sexualité par exemple) tout simplement parce que personnellement je ne m’y retrouve pas de manière spécifique et définitive. J’aime voir l’asexualité comme un large spectre sur lequel on peut se placer sans devoir forcément se coincer dans une case.

Pour expliquer mon rapport au sexe, je fais souvent un parallèle avec le cinéma : Il y a un genre de film qui ne m’intéresse absolument pas, ce sont les comédies romantiques. Je n’irai jamais voir ce genre par moi-même parce que ça ne m’attire pas. Mais si de bons amis me proposent de voir un tel film avec eux, j’accepterai probablement parce que j’ai envie de passer du temps avec eux. Et la plupart du temps, je passerais même un bon moment devant ce film. Mais ce n’est pas parce que j’ai apprécié ce moment, que j’aurais envie de revoir un film de comédie romantique par moi-même. Pour le sexe c’est pareil : ça ne m’intéresse pas. Mais parce que j’apprécie une personne et que pour elle c’est important, je n’ai aucun problème à avoir des relations sexuelles avec elle. Et durant ces rapports, je peux avoir du plaisir et même des orgasmes. Mais ce n’est pas pour ça que je serai demanderesse de telles activités par la suite.

Drapeau asexuel.

Alors aujourd’hui, mon asexualité je la vis super bien parce que je suis entourée de gens qui m’acceptent et me respecte comme je suis et que j’ai la chance d’être avec quelqu’un qui m’emmène voir de supers films de comédie romantique sans me forcer et tout en sachant que ce n’est pas mon truc. Mais tout n’a pas été tout rose dès le début. Je ne vais pas mentir, quand j’ai fait mon coming out d’asexuelle je m’en suis prise plein la figure. Mon mec de l’époque m’a sorti que l’asexualité ça se soignait, puis m’a quitté. J’ai eu droit à l’incompréhension de certaines personnes de mon entourage, qui ne connaissaient rien à l’asexualité mais étaient persuadées que ce n’était qu’une phase. J’ai dû m’expliquer souvent et souvent on ne m’écoutait même pas. Les gens se confortaient juste dans leur propre vision du monde en niant complètement mon existence. J’ai eu droit à des « t’es juste frigide », des « t’irais pas voir un psy ? », des « t’inquiète toutes les femmes croient un jour être asexuelles puis ça passe », des « t’es sûr que t’es pas lesbienne plutôt ? », et j’en passe… Alors oui ça a été violent, ça n’a clairement pas été facile, mais je ne regrette absolument pas de m’être assumée comme asexuelle. Parce que je ne serais pas là où je suis aujourd’hui si je ne l’avais pas fait ! Je serais resté coincée entre moi et celle qui cherche à plaire à la société. Je serais encore recroquevillée comme un animal apeuré qui craint de se faire bouffer. Je me suis fait bouffer, mais je suis toujours là et plus vivante que jamais. Ce que je veux dire, c’est que ça en vaut la peine, être soi-même en vaut la peine ! Parce que ça fait du bien, parce que ça rend plus fort ! La vérité, c’est que ce sont les autres qui ont peur, ceux qui sont coincés dans leur petit monde, qui ne savent voir qu’eux et leur semblable. Ils sont terrifiés par ce qui ne rentre pas dans leurs codes, parce que leurs codes, c’est leur existence. Dites-vous que nous, on a eu la force de se remettre en question et de chercher qui on était vraiment. Eux restent barricadés derrière leurs idées reçues et leur seule arme c’est la violence. Mais nous ne méritons pas cette violence, nous ne sommes pas des monstres, nous ne sommes pas malades. Je suis vraiment désolée si mon existence perturbe la tienne, mais ce n’est pas en m’invisibilisant que je vais disparaitre. J’ai une voix, j’ai une plume et je compte m’en servir ! Soyez fièr.e.s de vous-même, assumez-vous et vous verrez le monde différemment. Vous n’êtes pas seul.e.s.

Aujourd’hui, je suis asexuelle, je suis heureuse et je n’ai plus peur !

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